Archives Montres & Vintage · N° 01 · Boucheron
Boucheron Reflet : l'histoire de la montre de 1947 et les Boucheron vintage de 1911 à 1975
Avant d'être une montre de boutique, la Reflet fut l'invention d'un joaillier qui voulait faire disparaître la boucle. Ce dossier retrace son histoire et celle des montres Boucheron de l'âge d'or, des années 1930 au milieu des années 1970, à partir des sources de la Maison, d'ouvrages de référence et de nos propres archives. Avec, en fin de dossier, ceux qui les ont portées : Édith Piaf et ses maris, et Bryan Ferry.
Fiche d'identité de la Reflet
- Lancement
- 1947
- Brevet du fermoir
- 1944
- Concepteur
- Gérard Boucheron, petit-fils du fondateur Frédéric Boucheron
- Signes distinctifs
- Boîtier rectangulaire à godrons, couronne cabochon, fermoir invisible à glissières, bracelets interchangeables
- Brevets
- Fermoir à glissières protégé dès 1944 (FR 908.247 et suivants, au nom de Boucheron S.A.)
- Mouvements anciens
- Omega surtout, mais aussi Jaeger, Ulysse Nardin, Frédéric Piguet, Lip, Corum, et calibres signés Boucheron
- Période couverte
- 1911–1975
Boucheron avant la Reflet : un joaillier qui libère le geste
Frédéric Boucheron ouvre sa première boutique en 1858, sous les arcades du Palais-Royal, galerie de Montpensier. Issu d'une famille de drapiers, il n'était pas destiné à la joaillerie et l'aborde avec un regard neuf.
En 1879, il crée le collier Point d'Interrogation, sans fermoir, qui se glisse autour du cou d'un seul geste. Retenez cette idée de supprimer le fermoir : on la retrouvera sur la Reflet.
En 1893, alors que les grands joailliers parisiens sont rue de la Paix, Boucheron s'installe au 26, place Vendôme, premier joaillier de la place. Son fils Louis reprend la Maison en 1902 et l'emmène vers l'Art déco. Dans les années 1930, les archives de la Maison montrent déjà des montres-bracelets de dame rectangulaires en or, à degrés, sur bracelet à ressort : la forme rectangulaire est là, dix ans avant la Reflet.
1911–1924 : la montre-bracelet de joaillerie
Bien avant la Reflet, Boucheron fabrique déjà des montres-bracelets pour femme, conçues comme de véritables bijoux. Les archives de la Maison en conservent dès 1911 : boîtiers en platine octogonaux, ovales, carrés ou en forme de tonneau, entourages de diamants taillés en roses, motifs d'onyx, montés sur des rubans de moire noire ou des bracelets de tissu bordés de perles. La montre est encore discrète ; c'est le bijou qui compte.
1922–1925 : l'Art déco
Au début des années 1920, les formes se font géométriques. Les montres Boucheron de cette période jouent sur les contrastes de matières : corail, onyx et diamants en motif de cubes sur platine, cadran caché sous une plaque d'onyx en forme de tonneau, boîtier rectangulaire bordé de diamants et de baguettes d'onyx. C'est l'esprit de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, organisée à Paris d'avril à octobre 1925, qui donnera son nom au style Art déco.
1930 : Boucheron et Omega, déjà
L'association avec Omega ne date pas de la Reflet. Cette montre à agrafe de 1930, en or jaune et or gris, porte un cadran signé à la fois Omega et Boucheron, avec de grands index triangulaires très Art déco. La preuve que, dès le début des années 1930, la Maison confiait déjà le mouvement à Omega et l'affichait sur le cadran.
1941–1949 : l'or des années 40
Les années 1940 marquent le retour de l'or, en volumes généreux : bracelets tubulaires, maillons en chute, volutes, franges de saphirs et brides de diamants. On y voit apparaître les godrons, ce motif de la Maison que la Reflet va bientôt rendre célèbre, comme sur cette montre de 1948 à « deux godrons » sur bracelet tubulaire en chute.
C'est de cette tradition que naît la Reflet en 1947 : une montre de joaillier, en or, rectangulaire, ornée de godrons, mais pensée cette fois pour être portée tous les jours et changer d'allure en un geste.
1947 : la naissance de la Reflet
Au sortir de la guerre, le modernisme prône le retour à l'essentiel. C'est dans ce contexte que Gérard Boucheron, petit-fils de Frédéric, imagine la Reflet.
Son innovation : un fermoir invisible dissimulé dans le boîtier, breveté par Boucheron dès 1944. Jusque-là, une montre tenait au poignet par une boucle ardillon. Boucheron la remplace par des glissières : les extrémités du bracelet coulissent dans le boîtier, qui devient lui-même le fermoir. Le bracelet se change en quelques secondes, sans outil.
Le fil rouge de Boucheron : en 1879, le Point d'Interrogation supprime le fermoir du collier ; en 1947, la Reflet supprime la boucle de la montre. Même idée, à soixante-huit ans d'écart : rendre le bijou plus libre à porter.
Le système à glissières : l'invention brevetée qui a fait la Reflet
Ce qui rend la Reflet unique, ce n'est pas d'abord sa forme : c'est son système à glissières. Boucheron l'a protégé par brevet dès 1944, et nos recherches dans les bases de brevets ont permis de retrouver plusieurs planches techniques officielles déposées au nom de la Maison. Elles montrent, figure par figure, comment fonctionne le mécanisme.
Le principe, en trois temps
- Une rainure dans le boîtier. Le flanc du boîtier est usiné d'une glissière en forme de T, parallèle au cadran.
- Un embout profilé au bout du bracelet. Le bracelet est fixé sur une petite pièce métallique dont le profil épouse exactement la rainure. On la fait glisser dans le boîtier comme un tiroir.
- Un verrou à ressort. Une lame-ressort munie d'un ergot vient se loger dans une encoche du boîtier : le bracelet est verrouillé. Pour le retirer, on libère l'ergot et on fait coulisser l'embout dans l'autre sens.
Résultat : aucune boucle, aucune barrette apparente, et un bracelet qui se change en quelques secondes sans outil. En 1944, c'est une vraie rupture : toutes les montres-bracelets de l'époque tiennent par des barrettes et une boucle ardillon.
De la Reflet à la Carrée
Le brevet n° 81.387 le montre clairement : le même système équipe un boîtier carré. Boucheron a décliné ses glissières sur sa montre carrée, la Carrée, avec le même principe de bracelets interchangeables. Une troisième planche, au format des brevets suisses, montre encore une variante sur boîtier carré, avec un verrou à ressort logé dans la carrure.
Sur le poignet, la Carrée joue la même partition que la Reflet avec un autre dessin : lunette à degrés godronnée, cadran assorti, couronne à cabochon. Toutes les Carrée ne sont pas équipées de glissières : certaines, comme notre exemplaire en or blanc à décor Clous de Paris, tiennent au poignet par des attaches classiques et une boucle déployante en or signée Boucheron. Avant d'acheter, vérifiez donc quel système la montre doit avoir.
La BB galbée : la glissière sur un boîtier cintré
Moins connue que la Reflet, la BB galbée est l'une des plus belles déclinaisons du système à glissières. Son nom figure à la main sur les gouaches de création de la Maison, où elle apparaît sur cuir crocodile et sur bracelet en or tressé. Son boîtier rectangulaire en or jaune est galbé : il se cintre pour épouser la courbure du poignet, ce qui lui donne un porté remarquablement confortable malgré sa taille.
On y retrouve tous les codes de la Maison : un cadran or uni, sans logo, deux aiguilles bâton, une lunette à degrés, une couronne cannelée ornée d'un cabochon de saphir et, bien sûr, la glissière qui reçoit l'embout du bracelet.
Le plus beau : nous avons retrouvé dans les archives la gouache de création de ce modèle. Sur la fiche n° 82151, annotée à la main « BB galbée », on reconnaît le boîtier rectangulaire en or, le cadran or uni sans logo, la couronne à cabochon bleu et le bracelet crocodile noir. La montre que nous avons eue entre les mains est fidèle au dessin d'origine.
Les autres gouaches « BBG » et « BB galbée » sont présentées plus bas, dans la section Archives.
La preuve gravée au dos de la Reflet
Le lien entre ces planches et la Reflet n'est pas une supposition : il est gravé sur la montre. Au dos de cette Reflet en or, sous la mention « Boucheron Made in France », on lit « Bt 908247 », c'est-à-dire « Breveté 908 247 », le numéro exact du brevet français « Fermoir pour bracelet-montre » présenté plus haut. Boucheron revendiquait son invention jusque sur le boîtier.
Pourquoi c'est important pour un acheteur : ce système est la signature de la Reflet. Un bracelet d'origine porte un embout précisément usiné pour la glissière de son boîtier. Un embout mal ajusté, limé ou d'une autre taille est le premier signe d'un bracelet de remplacement, voire d'un montage douteux.
Les codes de la Reflet
Le boîtier rectangulaire
Une forme que la Maison pratique depuis les années 1930, et qu'elle présente comme intemporelle et sans genre.
Les godrons
Les reliefs verticaux qui bordent le boîtier sont des godrons, un motif présent dans les archives Boucheron depuis les années 1860, utilisé pour sa façon de capter la lumière. C'est ce jeu de reflets qui a donné son nom à la montre.
La couronne cabochon
La couronne ornée d'un cabochon accompagne la Reflet depuis les années 1950. Les archives de la Maison montrent le même détail, un saphir sur le remontoir, sur d'autres montres d'homme des années 1960 et 1970.
Le cadran intégré
Sur de nombreuses Reflet, le cadran reprend les godrons du boîtier. Boucheron souligne que la Reflet a ouvert la voie aux cadrans métalliques bien avant qu'ils ne deviennent à la mode.
La Reflet Clous de Paris : la version la plus spectaculaire
Certaines Reflet remplacent les godrons par un décor Clous de Paris : un quadrillage de petites pyramides gravées dans l'or. Sur la pièce présentée ici, le décor couvre tout le boîtier, les flancs, les extrémités des glissières et le cadran. La montre devient un véritable bloc d'or sculpté, où seuls les deux aiguilles bâton et l'embout lisse de la glissière échappent au motif. C'est l'une des Reflet les plus impressionnantes que nous ayons eues entre les mains, et c'est ce même décor que porte Bryan Ferry sur la pochette d'Another Time, Another Place.
À l'intérieur bat un calibre Omega 620, mécanique, 17 rubis, réglé en deux positions. Le fond de boîte porte le numéro 79950, la mention Boucheron Paris et le sigle Omega, et le boîtier est poinçonné jusque sur le flanc, sous le décor.
Cadran signé ou sans logo
Toutes les Reflet anciennes ne portent pas le nom de la Maison sur le cadran. On rencontre des cadrans signés « Boucheron » et des cadrans sans logo, totalement lisses ou simplement ornés de leurs index. Notre Reflet de 1948 en or rose appartient à la première famille : son cadran brossé or porte la signature Boucheron sous un index carré à midi, entourée de onze index points.
Un cadran sans logo n'est donc pas, à lui seul, un signal d'alerte sur une Reflet ancienne. Ce qui compte, c'est la cohérence de l'ensemble : boîtier signé et poinçonné, numéros concordants entre le fond et la glissière, mouvement de l'époque. À l'inverse, une signature trop nette, mal centrée ou d'une typographie différente doit faire penser à un cadran refait.
Les premières Reflet : un boîtier parfois lisse
Les godrons sont devenus la signature du modèle, mais notre Reflet de 1948 le montre : les premières versions pouvaient avoir un boîtier entièrement poli, sans godrons. Le système à glissières, lui, est déjà là.
Made in France : un boîtier parisien, un cœur suisse
Une Boucheron ancienne est une montre française. Le boîtier, qui fait toute sa valeur de joaillerie, était fabriqué en France par des boîtiers parisiens, puis poinçonné selon la loi française sur les métaux précieux. Le dos de la Reflet le dit en toutes lettres : « Boucheron Made in France ».
Jules Person, le boîtier des Boucheron
Comme la majorité des montres Boucheron de cette époque, nos pièces ont un boîtier réalisé par Jules Person, boîtier installé en région parisienne, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d'Oise). Son savoir-faire ne se limitait pas à Boucheron : il a aussi fabriqué des boîtiers pour Rolex, Omega, Longines et Universal Genève.
Sa signature est son poinçon de maître : les initiales JP dans un losange, surmontées d'un symbole, comme l'exige la loi française pour tout fabricant d'ouvrages en métal précieux. On le trouve gravé à l'intérieur du fond de boîte, à côté du « 26 » de Boucheron, en référence au 26, place Vendôme, et des poinçons de l'or 18 carats, comme la tête d'aigle.
Le mouvement, lui, venait le plus souvent de Suisse : Omega, Ulysse Nardin, Jaeger, Frédéric Piguet pour les ultra-plats, ou un calibre signé « Boucheron, Fab. Suisse ». Une Boucheron ancienne réunit ainsi le meilleur des deux savoir-faire : la joaillerie parisienne pour le boîtier, l'horlogerie suisse pour le mouvement.
Pour l'acheteur : sur une Boucheron ancienne en or, cherchez la mention Made in France ou les poinçons français, le poinçon de maître du boîtier dans son losange, et le « 26 ». Leur présence, et leur cohérence avec le numéro de la glissière, est l'un des meilleurs signes d'authenticité.
Les mouvements des Boucheron anciennes : qui fait battre la montre ?
Boucheron est avant tout une maison de joaillerie. Elle dessine et fabrique le boîtier, le cadran et le bracelet, mais confie le mouvement à des manufactures horlogères. Ouvrir le fond d'une Boucheron ancienne, c'est donc souvent découvrir une signature inattendue. Voici les calibres que l'on rencontre, d'après les archives de la Maison et les pièces passées entre nos mains.
| Mouvement | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Omega | Le plus courant sur les Boucheron anciennes, et le plus ancien : une montre à agrafe de 1930 porte déjà un cadran signé Omega et Boucheron. Fiable, bien documenté et facile à entretenir. Notre Reflet de 1948 en or rose en est équipée. |
| Jaeger | Présent dès les années 1930 : les archives de la Maison mentionnent des montres de dame de 1937 à mouvement Duoplan, un calibre miniature réputé. |
| Ulysse Nardin | Calibres mécaniques de grande qualité, que l'on retrouve sur des Reflet et des montres en or. Une pièce très recherchée. |
| Frédéric Piguet | Spécialiste de la vallée de Joux des mouvements ultra-plats, très prisés des joailliers pour leurs montres habillées. Son calibre 21 servait de base à des mouvements signés Boucheron. On le retrouve sur des Boucheron extra-plates, où la finesse du boîtier compte autant que l'or, comme notre carrée en or jaune présentée ci-dessous. |
| Lip | La grande manufacture française de Besançon. Un mouvement qui renforce le caractère très parisien de la montre. |
| Corum | Plus rare, sur certaines montres des années 1960 et 1970. |
| Signé Boucheron | Des mouvements portant le nom de la Maison, gravés « Boucheron, Fab. Suisse », existent aussi. Ils sont construits sur des ébauches suisses. Beaucoup sont des calibres simples, montés sur les modèles d'entrée de gamme ; mais certains reposent sur des bases prestigieuses, comme le Frédéric Piguet 21 ultra-plat de notre carrée de 1960. Notre montre ronde, présentée dans la section Théo Sarapo, en est équipée. |
Cette Boucheron carrée en or jaune des années 1960 illustre parfaitement l'usage des calibres Frédéric Piguet. Son mouvement est signé Boucheron, mais il est construit sur la base du calibre Frédéric Piguet 21, l'un des mouvements mécaniques ultra-plats les plus réputés de son époque. Grâce à lui, le boîtier reste d'une grande finesse malgré sa lunette biseautée en pyramide, qui accroche la lumière comme une pierre taillée.
L'avis du vendeur : à boîtier égal, une Boucheron équipée d'un Omega, d'un Jaeger ou d'un Ulysse Nardin vaut plus qu'une pièce à mouvement simplement signé Boucheron. Un mouvement signé Boucheron n'est pas un faux : c'est simplement un calibre plus courant. Demandez toujours une photo du mouvement avant d'acheter.
Étude de cas : une Reflet en or à mouvement Ulysse Nardin
Cette Reflet en or, passée entre nos mains, résume ce qu'il faut regarder sur une Boucheron ancienne. Le mouvement est un calibre mécanique Ulysse Nardin à remontage manuel, 17 rubis, signé et numéroté sur le pont. Le boîtier, lui, porte le poinçon de maître JP, celui du boîtier Jules Person, à côté du « 26 » de Boucheron et des poinçons de l'or 18 carats.
En fouillant les archives, nous avons retrouvé la gouache de création de ce modèle : la fiche n° 12463, marquée « 4 », montre la même Reflet en or à cadran ligné, sur bracelet noir. Retrouver le dessin d'origine d'une pièce que l'on a eue entre les mains est rarissime : c'est la preuve que cette Reflet est sortie telle qu'elle a été dessinée place Vendôme.
Le détail le plus parlant se trouve sur la glissière. Le numéro frappé sur l'embout du bracelet correspond au numéro du fond de boîte : bracelet et boîtier ont été fabriqués et appairés ensemble. C'est une preuve d'origine précieuse, et un point que peu de vendeurs pensent à vérifier.
Un mouvement signé d'une manufacture reconnue n'est pas un défaut sur une Boucheron ancienne : c'était la pratique normale des grands joailliers. Ce qui compte, c'est la cohérence entre le mouvement, le boîtier et l'époque.
Les archives : les montres Boucheron de 1937 à 1975
Les ouvrages consacrés à la Maison reproduisent des pièces de la Collection Boucheron et des Archives Boucheron. Elles montrent une production horlogère bien plus variée que la seule Reflet, avec des pièces aujourd'hui introuvables. Voici celles que nous avons relevées jusqu'en 1975.
Source : [TITRE DU LIVRE, AUTEUR, ÉDITEUR, ANNÉE], pages 175, 194–195, 266–272 et 357–362. Les légendes de l'ouvrage ne désignent pas ces pièces comme des Reflet : elles illustrent l'univers horloger de la Maison à la même époque.
Montres de dame, 1937–1949
| Année | Description | Fonds |
|---|---|---|
| 1937 | Rectangulaire à degrés, or, bracelet à ressort, mouvement Jaeger Duoplan | Archives Boucheron |
| 1937 | Rectangulaire, or, bracelet à ressort, mouvement Jaeger Duoplan | Archives Boucheron |
| 1946 | Or, montre rectangulaire tenue par deux doubles liens dans des demi-anneaux, bracelet trois rangs de maillons en chute (L. 167 mm) | Collection Boucheron |
| 1947 | Rectangulaire, deux liens de diamants ronds sur platine, bracelet rigide | Archives Boucheron |
| 1947 | Or, cadran carré guilloché entre deux motifs d'or poli, bracelet d'anneaux entrelacés | Archives Boucheron |
| 1949 | Or, boîtier rectangulaire entre deux motifs concaves pavés de diamants sur platine, cadran guilloché, bracelet de deux chaînes serpent (boîtier 18,5 × 15,9 mm) | Collection Boucheron |
| 1949 | Couvercle en forme de fleurs, or et diamants ronds, bracelet épis en chute | Archives Boucheron |
Montres d'homme des années 1940 : un chronographe Boucheron
Parmi les montres d'homme des années 1940 conservées par la Maison figure une pièce d'une extrême rareté : un chronographe Boucheron en or de 1945, 35 mm, à deux compteurs, échelle tachymétrique et chiffres romains à 12 et 6 heures, sur bracelet cuir. Un chronographe signé par un joaillier de la place Vendôme est une curiosité ; on n'en voit pratiquement jamais sur le marché.
La même page montre trois montres rectangulaires qui annoncent directement la Reflet :
- 1943 : boîtier rectangulaire en or entre deux rouleaux gainés d'autruche grise, de la même matière que le bracelet ;
- 1948 : boîtier rectangulaire à degrés, cadran or signé Boucheron, bracelet cuir fauve (20 × 31 mm) ;
- 1948 : boîtier en or poli, cadran guilloché à index carrés, bracelet cuir (36 × 21 mm). Sa silhouette, avec le bracelet qui passe sous le boîtier, est celle d'une Reflet de la première génération, contemporaine de notre Reflet de 1948.
Montres d'homme, 1955–1975
| Année | Description | Fonds |
|---|---|---|
| 1955 | Études de montres-bracelets d'homme | Archives Boucheron |
| 1958 | Carrée extra-plate sur cuir, présentée comme la plus plate du monde en 1958 (25,5 × 25,5 mm, épaisseur 3,3 mm) | Collection Boucheron |
| 1960 | Boîtier rectangulaire en or poli, bracelet cuir (38 × 21 mm) | Collection Boucheron |
| 1967 | Boîtier carré en or gris guilloché fileté, saphir sur le remontoir, bracelet cuir (largeur 22,5 mm) | Collection Boucheron |
| 1972 | Rectangle aux coins arrondis, or et écaille, bracelet cuir (36 × 30 mm) | Collection Boucheron |
| 1972 | Extra-plate, boîtier ovale, saphir cabochon sur le remontoir, bracelet cuir (épaisseur 3,5 mm) | Collection Boucheron |
| 1974 | Rectangulaire, or et écaille, bracelet cuir (29,6 × 26 mm) | Collection Boucheron |
| 1975 | Or jaune, carrée aux coins arrondis, cadran or, mouvement automatique extra-plat, bracelet lézard vert (30 × 30 mm) | Collection Boucheron |
| 1975 | Boîtier bombé en or, bracelet cuir (32 × 30 mm) | Collection Boucheron |
1972–1978 : l'audace du design
Au tournant des années 1970, Boucheron ose des formes que l'on ne verrait nulle part ailleurs : boîtiers coussin et tonneau sculptés dans l'or, cadres d'écaille, montre ronde à cadran or et onyx soulignée de deux godrons, extra-plates à cabochon de saphir, bracelets en cordes d'or ou en anneaux ciselés. Ces pièces, longtemps restées dans l'ombre de la Reflet, sont aujourd'hui très recherchées pour leur design audacieux.
Les gouaches de création
Avant d'être fabriquée, chaque montre Boucheron était dessinée à la gouache, grandeur nature, sur une fiche numérotée. Ces planches montrent l'inventivité de la Maison : boîtiers carrés et rectangulaires, cadrans guillochés ou rayonnants, bracelets en or tressé, couronnes ornées d'un cabochon. Sur certaines fiches, le modèle est nommé à la main, comme « BBG » ou « BB galbée ».
Les publicités d'époque : ce que coûtait une Boucheron
Les anciennes publicités de la Maison sont une source précieuse : elles montrent comment Boucheron présentait ses montres, et surtout à quel prix elles étaient vendues neuves.
Cette publicité de la boutique londonienne de Boucheron, au 180 New Bond Street, présente montres et bijoux, tous en or 18 carats, avec leur prix en livres sterling. On y voit deux montres rectangulaires à décor Clous de Paris, le même décor que notre Reflet à mouvement Omega :
- la version en or blanc, cadran argenté, à 460 £ ;
- la version en or jaune, à 350 £ ;
- et, pour comparer, une montre de dame en or à décor de cordes torsadées à 800 £, plus chère que les deux montres Clous de Paris.
La mention en bas de page est tout aussi parlante : « All prices are subject to market fluctuation », les prix suivent le cours de l'or. Chez Boucheron, une montre se vendait comme un bijou, au poids et au travail de l'or.
Ils portaient Boucheron : Piaf, ses maris et Bryan Ferry
Chanteuse · Cliente de la Maison
Édith Piaf
Édith Piaf était une cliente fidèle de Boucheron. Selon nos recherches, elle a possédé une vingtaine de montres de la Maison, sans qu'un nombre exact puisse être établi. Elle avait l'habitude d'offrir des Boucheron à ses maris pour les grandes occasions, notamment des Reflet et une Boucheron ronde de style Calatrava.
Pour être précis : aucune photographie connue ne montre Piaf elle-même avec une Reflet au poignet. Les montres apparaissent en revanche au poignet des hommes de sa vie.
Chanteur · Époux d'Édith Piaf de 1952 à 1957
Jacques Pills et sa Reflet sur bracelet or
Sur un portrait de studio signé Maurice Seymour (Chicago), Jacques Pills pose aux côtés d'Édith Piaf. À son poignet, on distingue une montre rectangulaire sur bracelet en or, que nous identifions comme une Boucheron Reflet.
Chanteur · Époux d'Édith Piaf de 1962 à 1963
Théo Sarapo et sa Boucheron ronde
Théo Sarapo, dernier mari d'Édith Piaf, porte sur plusieurs photographies une montre ronde sur bracelet cuir : une Boucheron de style Calatrava, du même modèle que celle vendue par Montres & Vintage. Les archives de dessins de ce modèle sont présentées ci-dessous.
À l'intérieur, cette montre ronde bat au rythme d'un calibre mécanique signé « Boucheron, Fab. Suisse ». Le fond, guilloché à l'intérieur, porte le poinçon de maître du boîtier dans son losange et les numéros d'atelier.
Musicien · Roxy Music
Bryan Ferry et la Reflet Clous de Paris
C'est sans doute la Reflet la plus célèbre de l'histoire du rock. Sur la pochette de son album Another Time, Another Place (1974), Bryan Ferry pose en smoking blanc au bord d'une piscine. À son poignet, une montre rectangulaire sur bracelet en or jaune : une Boucheron Reflet à motif Clous de Paris, sur bracelet en or 18 carats : boîtier, cadran et bracelet entièrement en or.
Le choix est parfaitement cohérent avec le personnage : élégance de crooner, raffinement européen, une montre de joaillier plutôt qu'une montre de sport. La Reflet n'y est pas un accessoire, elle fait partie du style.
Pour voir ce décor de près, retrouvez notre Reflet Clous de Paris à mouvement Omega dans la section sur les codes de la Reflet.
On la retrouve aussi au quotidien, loin des studios : sur ce portrait en noir et blanc, Bryan Ferry porte la même montre rectangulaire sur bracelet en or, parfaitement visible à son poignet gauche, avec une simple chemise blanche aux manches retroussées. On la revoit encore en vacances, à la table du petit-déjeuner. La preuve que la Reflet n'était pas un accessoire de séance photo, mais sa montre de tous les jours.
Chronologie, de 1858 à 1975
- 1858Frédéric Boucheron ouvre sa boutique au Palais-Royal.
- 1879Collier Point d'Interrogation, sans fermoir.
- 1893Installation au 26, place Vendôme, premier joaillier de la place.
- 1911Premières montres-bracelets de dame en platine et diamants dans les archives.
- 1922–1924Montres Art déco en platine, corail, onyx et diamants.
- 1925Exposition internationale des Arts décoratifs à Paris.
- 1930Montre à agrafe en or, cadran signé Omega et Boucheron.
- 1937Montres de dame rectangulaires en or à mouvement Jaeger Duoplan dans les archives.
- 1943–1945Montres d'homme rectangulaires en or et chronographe Boucheron en or de 35 mm (1945), d'une extrême rareté.
- 1944Brevet du fermoir invisible à glissières.
- 1947Lancement de la Reflet, imaginée par Gérard Boucheron.
- 1948Reflet en or rose à mouvement Omega (pièce vendue par Montres & Vintage).
- Années 1950La couronne de la Reflet s'orne d'un cabochon. Jacques Pills, époux de Piaf de 1952 à 1957, porte une Reflet sur bracelet or.
- 1958Montre carrée extra-plate de 3,3 mm, présentée comme la plus plate du monde.
- 1962Mariage d'Édith Piaf et de Théo Sarapo, qui porte une Boucheron ronde.
- 1967Montre carrée en or gris guilloché, saphir sur le remontoir.
- 1972–1975Montres d'homme en or et écaille, extra-plates et automatiques extra-plates.
- 1972–1978Montres d'homme au design audacieux : or et écaille, onyx, extra-plates à cabochon de saphir.
- 1974Bryan Ferry porte une Reflet Clous de Paris en or sur la pochette d'Another Time, Another Place.
Authentifier une Boucheron Reflet ancienne : 8 points
- Les glissières. L'embout du bracelet doit coulisser sans jeu et se verrouiller franchement par son ressort. Un embout limé, mal ajusté ou un ressort fatigué sont des défauts importants : ce sont eux qui retiennent la montre.
- Le mouvement. Omega, Jaeger, Ulysse Nardin, Lip, Corum ou signé Boucheron : il doit être cohérent avec l'époque du boîtier. Exigez une photo du mouvement.
- Les numéros. Cadran et boîtier signés Boucheron, avec numéro de série. Sur les Reflet anciennes, comparez le numéro de l'embout de glissière avec celui du fond de boîte : ils doivent correspondre.
- Les poinçons. Sur une pièce en or fabriquée pour la France, cherchez le poinçon de l'or 18 carats (la tête d'aigle) et le poinçon de maître du boîtier, comme le JP de Jules Person.
- Les godrons. Nets et réguliers. Des arêtes émoussées trahissent un polissage excessif.
- La couronne. Vérifiez la présence et l'état du cabochon lorsqu'il est prévu. Une couronne générique est une pièce de remplacement.
- Le cadran. Signé Boucheron ou sans logo : les deux existent sur les Reflet anciennes. Une patine homogène est normale ; une signature trop nette, mal centrée ou ajoutée sur un cadran qui n'en avait pas doit faire penser à un cadran refait.
- La provenance. Écrin, certificat, facture ancienne : sur une pièce de cet âge, chaque document compte et se reflète dans le prix.
Rareté et marché
Les Reflet mécaniques en or des années 1940 à 1970 sont rares. Le marché de l'occasion est dominé par les Reflet à quartz produites à partir des années 1980, beaucoup plus nombreuses. Les pièces anciennes apparaissent au compte-gouttes, et leur prix dépend fortement de l'état, du métal, du mouvement et de la provenance. Une Reflet ancienne en or se négocie généralement à partir de plusieurs milliers d'euros, et une provenance documentée peut faire monter le prix nettement au-delà.
Notre conseil : sur une pièce de cette époque, la cohérence et l'originalité comptent davantage que l'état cosmétique. Une Reflet patinée mais entièrement d'origine vaut mieux qu'une pièce restaurée avec des éléments de remplacement.
Questions fréquentes
Quand la montre Boucheron Reflet a-t-elle été créée ?
En 1947, par Gérard Boucheron, petit-fils du fondateur. Son fermoir invisible avait été breveté dès 1944.
Quels mouvements équipent les Reflet anciennes ?
Omega est le plus courant. On trouve aussi Jaeger (dès 1937 dans les archives), Ulysse Nardin, Frédéric Piguet pour les ultra-plats, Lip et Corum, ainsi que des mouvements signés Boucheron, en général plus simples et réservés aux modèles d'entrée de gamme.
Qu'est-ce que la Boucheron Reflet Clous de Paris ?
Une Reflet dont le boîtier, les glissières et le cadran sont entièrement gravés du décor Clous de Paris au lieu des godrons. C'est le décor de la Reflet de Bryan Ferry. Notre exemplaire est équipé d'un calibre Omega 620.
Qu'est-ce que la Boucheron BB galbée ?
Une montre à boîtier rectangulaire en or cintré, qui épouse le poignet, avec le même système à glissières que la Reflet et une couronne à cabochon de saphir. Son nom figure sur les gouaches de création de la Maison.
Toutes les Reflet anciennes ont-elles un cadran signé ?
Non. Il existe des cadrans signés Boucheron et des cadrans sans logo. Un cadran sans logo n'est pas suspect en soi : c'est la cohérence du boîtier, des poinçons, des numéros et du mouvement qui compte.
Le système à glissières de la Reflet est-il breveté ?
Oui, dès 1944. Plusieurs planches de brevets au nom de Boucheron S.A., dont le brevet français n° 908.247 « Fermoir pour bracelet-montre », décrivent l'embout qui coulisse dans le boîtier et se verrouille par un ressort, sur des boîtiers rectangulaires comme carrés.
Édith Piaf portait-elle une Boucheron Reflet ?
Aucune photographie connue ne la montre avec une Reflet au poignet. En revanche, cliente de la Maison, elle a offert des Boucheron à ses maris : une Reflet sur bracelet or à Jacques Pills et une Boucheron ronde à Théo Sarapo.
Quelle montre porte Bryan Ferry sur la pochette d'Another Time, Another Place ?
Une Boucheron Reflet à motif Clous de Paris, en or jaune sur bracelet en or 18 carats.
Une Boucheron Reflet ancienne est-elle rare ?
Oui. Les Reflet mécaniques en or des années 1940 à 1970 sont bien plus rares que les versions à quartz des années 1980 et suivantes.
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À lire aussi : Montre vintage : le guide complet pour bien choisir et bien acheter.
Sources
- Boucheron — The Reflet icon
- Boucheron — A story of firsts
- Watchonista — Histoire de la Reflet (cabochon, godrons)
- [TITRE DU LIVRE, AUTEUR, ÉDITEUR, ANNÉE] — Collection et Archives Boucheron, p. 175, 194–195, 266–272, 357–362
- Brevet FR 908.247, « Fermoir pour bracelet-montre », Boucheron S.A. — Office européen des brevets, Espacenet
- Brevet n° 81.387, Boucheron (S.A.) — Espacenet
- Brevet n° 344376 — Espacenet
- Bryan Ferry, Another Time, Another Place, Island Records, 1974 (pochette)
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